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Illettrisme et illectronisme : une double peine


Par Fernando CARVALHO


De l'illettrisme à l'illectronisme



Dans un précédent article, je livrais ce point de vue : "l'illectronisme est davantage un corollaire de l'illettrisme, plus qu'un nouvel aspect de ce dernier". Je faisais alors référence au fait que l'illectronisme est souvent défini comme étant la forme numérique de l'illettrisme. Il ne s'agirait donc pas de l'évolution de l'un (illettrisme) vers l'autre (illectronisme), mais de deux situations cumulatives : une double peine en quelque sorte.

L'illettrisme

Qu'est-ce que l'illettrisme ?

  • ILLETTRISME (définition du LAROUSSE) : "Etat de ceux qui, ayant appris à lire et à écrire, en ont complètement perdu la pratique". Il s'agit donc de personnes qui ont été scolarisées mais qui, au cours de leur vie professionnelle, n'ont pas pu mettre en application ce qu'elles avaient appris. Ces personnes se sont progressivement retrouvées en situation d'illettrisme.

 

Dans cette vidéo, Thierry Lepaon nous explique que :

  • une personne illettrée sur deux va au travail tous les jours
  • l'illettrisme est une situation qui peut s'installer avec le temps ; on peut donc devenir illettré...
  • cette situation est encore, et malheureusement, tabou

L'analphabétisme, quant à lui, concerne les personnes qui n'ont jamais été scolarisées. Elles doivent donc tout apprendre.

 

Combien de personnes sont concernées par l'illettrisme ?

L'Agence Nationale de Lutte Contre l'Illettrisme - ANLCI - nous éclaire sur le fait que 2,5 millions de personnes en France (Métropole) sont en situation d'illettrisme. Pour en savoir plus, vous pouvez télécharger la plaquette ci-contre ; vous y trouverez les chiffres détaillés (mise à jour 2018) :

  • Illettrisme et âge
  • Illettrisme : Hommes / Femmes
  • Illettrisme et territoires
  • Illettrisme et emploi
  • Illettrisme et minima sociaux
  • Illettrisme et langue maternelle

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Chiffres actualisés 2018.pdf
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L'illectronisme, corollaire de l'illettrisme

Lecture et écriture : des pré-requis pour utiliser les outils numériques

La dématérialisation des procédures administratives est aujourd'hui la règle. Un traitement en face à face, sur papier ou par téléphone est devenu l'exception.

 

Les principaux organismes publics (Pôle Emploi, Impôts, Assurance Maladie, Caisse d'Allocations Familiales...) nous obligent à créer notre espace personnel sur leur site Internet ; les démarches se font en ligne et les échanges avec nos interlocuteurs s'effectuent par courrier électronique.

 

En conséquence de quoi, il est pratiquement impossible d'utiliser correctement ces services sans un minimum de pratique de la lecture et de l'écriture.

 

Par ailleurs, le caractère confidentiel des échanges effectués sur ces espaces numériques requiert une réelle autonomie des usagers. A défaut, un tiers aidant (ami,voisin...) se voit alors confier des informations très personnelles que seuls des professionnels sociaux sont habilités à recueillir...

 

 

La charte "pour que le numérique profite à tous, mobilisons-nous contre l'illettrisme", rédigée par l'ANLCI, indique que :

  • 90% des contenus du web sont contextuels
  • 60% des personnes en situation d'illettrisme ayant un emploi n'utilisent pas d'ordinateur au travail
  • 95% des intervenant sociaux affirment que l'accès au numérique se fait très fréquemment par le biais d'un accompagnement de l'usager
  • Ils sont 75% à devoir faire les démarches "à la place de"

Ces chiffres nous montrent que la lecture, l'écriture et l'utilisation des outils numérique sont aujourd'hui étroitement liées, voire indissociables.

 

De son côté, l'Académie des Ecrivains Publics de France alerte les pouvoirs publics dans sa lettre ouverte du 24 avril 2018. L'AEPF révèle : "une permanence d'écrivain public est désormais consacrée à 80% à régler des soucis liés au numérique".

Les actions mises en place pour lutter contre l'illettrisme

Au niveau national

 

L'ANLCI présente dans son Plan Opérationnel 2014 - 2018, les 4 recommandations proposées par le Conseil National de la Formation Professionnelle Tout au Long de la Vie (CNFPTLV) :

  1. Faire baisser le taux d’illettrisme de deux points d’ici 2018, le mesurer pour chaque région et en évaluer les résultats.
  2. Concentrer les actions sur deux priorités à des âges différents de la vie : d’une part en prévention de l’illettrisme chez les enfants et les adolescents, d’autre part en direction des plus de 45 ans et des résidents en zones rurales ou urbaines sensibles qu’ils soient salariés ou demandeurs d’emploi.
  3. Développer et renforcer une organisation territoriale et partenariale de la prévention et de la lutte contre l’illettrisme.
  4. Renforcer la mise à disposition d’outils de repérage et de prévention, de capitalisation des bonnes pratiques, ainsi que la sensibilisation des professionnels de l’orientation ; encourager les initiatives porteuses d’innovation et de partenariat entre le monde de l’éducation et de la formation et le monde de la recherche.

 

Plus localement...

Trois attitudes pour mieux combattre ces facteurs d'exclusion


1 - Dédramatiser


De par leur caractère "excluant", l'illettrisme et l'illectronisme placent les personnes qui y sont confrontées dans un isolement duquel il est difficile de sortir seul. Faire état de son manque d'autonomie en la matière, prend la forme d'un aveu qui marginalise celles et ceux qui le révèlent. Il est peut-être de notre responsabilité collective d'aider les personnes concernées, dès lors que nous sommes en mesure d'identifier un tel enfermement.


2 - Informer


Nous l'avons vu, des dispositifs existent ; il sont mis en place par différents acteurs (notamment l'ANLCI). Communiquer sur l'existence de ces actions, diffuser l'information par des moyens adaptés (échanges en direct, groupes de discussion, réseaux sociaux...) constitue une aide précieuse qui peut inciter les intéressés à franchir le "premier pas".


3 - Accompagner


Ce troisième point est probablement le plus engageant pour celles et ceux qui le mettent en oeuvre. Car il s'agit ici d'une implication personnelle dans des actions d'aide et/ou de formation. Mon expérience me permet de dire que l'autonomie (ne serait-ce que les prémices de celle-ci) acquise par les personnes qui se sont engagées (oui, elles aussi) à participer en tant que stagiaire à un atelier de formation, est très certainement la plus belle récompense qui m'ait été donnée.


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